« Quand je vis son écriture ronde, son dessin de moi, derrière le porte de ma chambre, souvenir d'un après-midi passé chez moi, j'ai dit, à voix haute : « Tu me manques énormément », en caressant les seuls mots qui y étaient inscris ; puis, une fois de plus, une fois encore, j'ai essayé de me faire une raison, ou au moins, je me suis dit qu' « essayer » de l'oublier serait une bonne chose. Mais sans doute avais-je tort.
Quand il était encore là, il me disait souvent en me regardant dans les yeux : « Don't worry life is easy », les paroles de cette chanson d'AaRON que l'on écoutait tous les deux, en boucle.
Little Love.
Il aimait cette chanson, moi aussi, c'était Notre chanson, sur laquelle on s'était rencontrés, sur celle ou l'on avait pleuré, celle on l'on s'était pris dans nos bras, celle sur laquelle tu m'avais demandé de mourir... Maintenant, cette chanson restait gravée dans ma mémoire, mots par mots, silences par silences, notes par notes, sons par sons... Cette chanson nous résumait, nous, notre histoire, notre amitié ; beaucoup de silences qui voulaient tout dire, de belles paroles, courte mais magnifique. Car avant on était comme frères et s½urs, quand l'un n'allait pas bien, l'autre non plus ; quand l'un était content, l'autre aussi ; quand l'un avait peur, l'autre n'était pas rassuré ; on était deux, le lycée pour nous n'était qu'une raison de plus de nous voir, on se croyait seuls au monde, invincibles, on ne l'était pas, autour de nous il y avait un monde, des gens, le bonheur, le malheur, le terrorisme, la peur, la guerre, les fous, et surtout des assassins.
Quand on s'est rencontrés on était en 2°, s'était à la rentrée des classes, j'étais assise sur un banc avec AaRON dans les oreilles, tu t'es approché de moi, tout sourire et m'a demandé ce que j'écoutais, je t'ai considéré du regard et t'as finalement donné un écouteur. Tu m'avais semblé très sociable et je me suis dit que dans quelques jours tu m'aurais complètement oubliée trop occupé à parler à ta future bande pour me parler. Cette idée me renfrogna un peu.
Puis tu m'a regardée toujours en souriant et m'a dit : « Ma préférée est Little Love » et je t'ai regardé et tu as entendu ma voix pour la première fois et dire : « Moi aussi ». On a su tous les deux qu'une grande complicité s'était installée, et tu es resté avec moi tout le temps il n'y avait pas une bande qui te suivait partout, il n'y avait que moi, Toi et Moi.
Nous avons appris à nous connaître écoutant le même style de musique, comparant Guillaume MUSSO, mon auteur préféré à Marc LÉVY, le tien, parlant de tout nous, confiant tout, jusqu'au moindre détail. On entamait notre 3e année d'amitié, on était en Terminale, et le 19 janvier, tout s'envola en fumée, notre amitié, nos souvenirs communs...
On était dans une librairie quand quelqu'un est rentré a sortit une arme et tira sur tout ce qui bougeait. Malheureusement tu était sur son passage, quand il vit qu'il avait blessé quelqu'un il s'explosa la cervelle. Tu étais en train de te vider de ton sang, les yeux rivés sur moi, me fixant, me souriant, encore et toujours, tu savais que c'était la fin, j'avais beau te répéter de rester avec moi, te supplier de me parler, j'avais beau hurler à quiconque daignait m'écouter d'appeler une ambulance, tu savais que s'était la fin, Ta fin. Tu as eu la force de me dire deux mots, «Little Love ». Alors là j'ai essuyé mes larmes, avec mes mains poisseuses de sang, j'ai pris mon iPod et mis notre chanson, en boucle. Au bout de 3 fois tu m'as regardé et m'as dit « À bientôt, je t'aime fort » et là, j'ai pleuré, hurlé encore et encore... 2 jours plus tard j'ai insisté pour passer Little Love à l'enterrement.
Notre chanson, Notre histoire, Nous deux tout simplement, éternellement... »
...Don't worry life is easy...